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Le président du CNC expose le rôle clé de la France dans l’essor du cinéma saoudien

CNC president outlines France’s role in advancing Saudi cinema

Credit: arabnews.pk

Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) de France, a esquissé les contours d’une collaboration fructueuse entre Paris et Riyad pour propulser l’industrie cinématographique saoudienne sur la scène internationale. Lors d’une interview accordée à Arab News après le Festival international du film de la Mer Rouge, Bruel a salué les avancées fulgurantes du royaume, soulignant un partenariat renforcé par un accord culturel bilatéral signé il y a un an. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique où la France partage son expertise séculaire pour soutenir l’émergence de talents saoudiens, avec des programmes concrets comme la Villa Hegra à AlUla.

Contexte rapide de l’industrie cinématographique saoudienne

L’Arabie saoudite connaît un boom sans précédent dans le secteur du cinéma. En quelques années seulement, le royaume a mis en place une infrastructure complète : salles de cinéma inaugurées à un rythme exceptionnel, formation de nouveaux producteurs et talents, et premiers films locaux acclamés à l’étranger. Le long-métrage « Norah », sélectionné à Cannes en 2024, illustre cette percée internationale. Des cinémas emblématiques comme Hayy Cinema et Cinema Al-Balad à Djeddah, ou Cinehouse à Riyad, témoignent de cette vitalité.

Cet essor s’appuie sur un écosystème en pleine expansion, soutenu par la Saudi Film Commission. L’accord exécutif de coopération culturelle, paraphé entre les ministres de la Culture des deux pays, engage le CNC et la commission saoudienne à des projets communs. Neuf contrats culturels ont été signés en décembre 2024, renforçant ces liens dans des domaines comme la production et l’animation.

Le modèle français au service de l’Arabie saoudite

Le principe « downstream finances upstream »

Gaëtan Bruel met en avant le modèle français de financement du cinéma, basé sur un principe simple : les acteurs en aval (distribution, salles) financent l’amont (écriture, production). Le CNC accompagne ainsi l’ensemble de la chaîne, de l’écriture à la distribution, en passant par les salles, la post-production, les festivals et la formation. « Tout bénéficiaire du travail y contribue », résume-t-il, un schéma adaptable au contexte saoudien pour assurer une durabilité économique.

Cette approche a permis à la France d’accumuler 130 ans d’expertise, notamment en préservation et restauration du patrimoine filmique, qu’elle est prête à partager avec ses partenaires saoudiens.

Formation et développement des talents

La France excelle dans la formation, avec des écoles classées parmi les meilleures mondiales. Bruel annonce un plan d’investissement de 450 millions d’euros (530 millions de dollars) dédié à la formation de talents dans l’image animée, les séries, l’animation, les jeux vidéo et la réalité virtuelle. Bien que principalement déployé en France via ses institutions, ce programme s’ouvre aux Saoudiens par des échanges, coproductions et initiatives ciblées.

« Ce qui est transferable de notre modèle, c’est l’expertise en formation », insiste Bruel. Des opportunités concrètes émergent via les « villas culturelles » françaises à l’étranger, conçues pour promouvoir les échanges créatifs.

Initiatives phares : Villa Hegra et coproductions

La Villa Hegra, récemment inaugurée à AlUla, marque un jalon décisif. Inspirée de la Villa Albertine aux États-Unis, elle collabore avec Film AlUla pour un programme spécialisé de formation cinématographique lancé cette semaine. Objectif : développer les compétences et soutenir les talents créatifs saoudiens. « Avec la Villa Hegra, la France et l’Arabie saoudite disposent désormais des moyens pour un programme distinctif, aidant les scénaristes et réalisateurs saoudiens à franchir une étape supplémentaire », déclare Bruel.

Les coproductions constituent un pilier central. Le fonds phare du CNC, « Aide aux cinémas du monde », est ouvert aux projets saoudiens impliquant un producteur français dès le départ. « Nous souhaitons que les producteurs français rencontrent leurs homologues saoudiens pour des projets ambitieux », ajoute Bruel, qui voit dans cette synergie l’union de « 130 ans de savoir-faire français et d’un vivier extraordinaire de talents humains et créatifs saoudiens ».

Priorité à l’indépendance créative et défis globaux

Bruel insiste sur la place centrale des créateurs et producteurs indépendants. Le CNC soutient ceux qui restent autonomes vis-à-vis des distributeurs, protégeant leur propriété intellectuelle (IP). « Retenir les droits IP est la seule voie pour des œuvres vraiment indépendantes et des voix locales authentiques », affirme-t-il. Ce focus sur l’indépendance forme le socle des collaborations futures.

Face aux pressions mondiales – audiences en baisse, contenu low-cost envahissant le marché –, Bruel y voit une opportunité. « C’est souvent dans ces moments que naissent les partenariats les plus solides et durables. L’essor des cinémas d’auteur en Arabie saoudite montre une ambition partagée : un cinéma ambitieux et accessible. » L’industrie saoudienne, avec ses arthouses en plein essor, incarne cette vision.

Perspectives et impact culturel bilatéral

Optimiste, Bruel positionne la France comme « un partenaire réel dans le parcours de l’Arabie saoudite vers son statut de grande nation cinématographique ». Ces échanges renforcent non seulement l’industrie, mais aussi les liens culturels entre les deux pays. Alors que le Festival de la Mer Rouge catalyse ces discussions, des projets concrets – formations, coproductions, préservation – se concrétisent déjà.

Cette coopération illustre une diplomatie culturelle dynamique, où le cinéma transcende les frontières pour valoriser les talents émergents. Pour l’Arabie saoudite, c’est une accélération stratégique ; pour la France, une exportation réussie de son modèle éprouvé.

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