Un ancien haut responsable des ressources humaines au ministère de la Culture français, Christian Nègre, fait face à des accusations graves portées par environ 200 femmes. Ces dernières affirment qu’il a drogué leurs boissons avec un puissant diurétique lors d’entretiens d’embauche entre 2009 et 2018, dans le but de les humilier en les forçant à une envie pressante d’uriner. Les enquêteurs ont découvert un tableur intitulé “Expériences” sur son ordinateur, listant dates, doses, réactions et même photos des victimes, révélant un schéma systématique d’abus d’autorité.
Le scandale au cœur du ministère de la Culture
Christian Nègre, qui occupait un poste senior en ressources humaines au ministère de la Culture, est visé par des plaintes pour administration de substances nocives sans consentement, agression sexuelle par abus d’autorité et atteinte à la vie privée. Malgré ces charges, il bénéficie d’une surveillance judiciaire et exerce désormais dans le secteur privé. L’affaire, qui s’étend sur neuf ans, met en lumière un dysfonctionnement présumé au sein de l’administration publique française, où des signalements antérieurs n’auraient pas été traités efficacement.
Les faits remontent à des entretiens d’embauche où Nègre offrait café ou boissons aux candidates. Un diurétique puissant était ajouté discrètement, provoquant des symptômes intenses : sueurs froides, frissons, gonflement abdominal et une urgence urinaire incontrôlable. Les victimes, souvent en situation professionnelle vulnérable, se retrouvaient contraintes à des situations humiliantes, comme marcher des heures en talons ou uriner dans des lieux improbables.
Statistiques et ampleur de l’affaire
Près de 200 femmes, majoritairement des candidates à des postes administratifs, ont rapporté des incidents similaires sur cette période. En 2023, un tribunal administratif a condamné l’État à verser 12 000 euros de dommages et intérêts à une victime, estimant que le ministère avait manqué à son devoir de protection pour elle et six autres plaignantes. La Fondation des Femmes apporte actuellement une aide juridique à 45 accusatrices, soulignant l’ampleur collective du trauma.
Ce tableur “Expériences” découvert par les enquêteurs détaille méticuleusement les opérations : dates précises, heures, dosages du médicament et descriptions des réactions physiques des victimes. Dans certains cas, des photos illustraient ces “expériences”, transformant les entretiens professionnels en un rituel pervers de domination.
Témoignages poignants des victimes
Hiyam Zarouri, 35 ans, raconte un entretien en 2015 où, après un café manipulé par Nègre, elle a souffert de sueurs froides, de frissons, d’un ventre gonflé et de pieds douloureux. Forcée de marcher 3,5 heures en talons aiguilles pour retenir son urine, elle n’a compris la manipulation que des années plus tard, via des reportages médiatiques. “C’était insupportable, comme si mon corps me trahissait”, confie-t-elle.
Une autre victime, en 2012, s’est retrouvée à uriner sous un pont lors d’une promenade imposée par Nègre. Delezenne, quant à elle, se souvient d’une envie irrésistible après un café qu’il avait brièvement tenu : “Tout était normal jusqu’à ce que l’urgence me submerge.” Ces récits, recueillis par des avocates comme Louise Beriot et Floriane Volt, décrivent un pattern identique : humiliation ciblée sous couvert de processus de recrutement.
Impact psychologique et physique
Les victimes décrivent non seulement des souffrances physiques immédiates, mais aussi un choc durable. “Je ne savais même pas que ce type d’attaque existait”, témoigne l’une d’elles. L’avocate Volt qualifie cela de “pouvoir et domination sur les corps des femmes par l’humiliation et le contrôle”, comparant l’acte à une forme d’abus sexuel déguisé.
Réactions officielles et syndicales
Les plaignantes dénoncent la lenteur de l’enquête comme “inacceptable” et exigent que Nègre soit interdit de tout contact avec des femmes. Le syndicat CGT Culture réclame que le ministère reconnaisse sa responsabilité d’employeur face à un “problème systémique” qui a permis ces abus pendant une décennie, malgré des plaintes antérieures.
Le ministère de la Culture affirme son engagement contre le harcèlement et son soutien aux survivantes, mais n’a pas été tenu responsable dans les volets civils des affaires. Les procureurs prévoient des mises à jour pour les plaignantes début 2026, avec un procès probablement repoussé. Louise Beriot, avocate de nombreuses victimes, insiste : “Sous prétexte de fantasme sexuel, il s’agit de pouvoir et de domination.”
Soutien associatif et judiciaire
La Fondation des Femmes joue un rôle clé, coordonnant l’aide légale et sensibilisant sur ces formes inédites de violence. Un précédent jugement administratif marque une victoire symbolique, obligeant l’État à assumer une part de faute.
Contexte plus large : écho à d’autres scandales
Cette affaire résonne avec des scandales récents en France, comme le procès de Dominique Pelicot, où un mari avait drogué sa femme pour des viols collectifs, ou celui d’un chirurgien ayant abusé de 290 patientes, tous deux documentés avec une précision obsessionnelle. Ces cas révèlent un pattern de perversité organisée au sein d’institutions censées protéger.
Dans le sillage de #MeToo, ils interrogent la culture du silence dans les sphères professionnelles. “C’est une humiliation calculée, une forme de violence genrée”, analyse Volt. L’opinion publique, relayée par les médias, exige des réformes : formations renforcées anti-harcèlement, enquêtes rapides et sanctions dissuasives.
Perspectives judiciaires
Les charges contre Nègre pourraient mener à une peine lourde si condamnation. Les victimes espèrent un procès exemplaire, forçant les administrations à repenser leurs protocoles RH. Avec 200 plaintes, l’affaire pourrait devenir l’une des plus massives en matière d’abus d’autorité en France.
Implications pour la société française
Ce scandale ébranle la confiance dans les institutions culturelles, pilier de la République. Il souligne les vulnérabilités des femmes dans les recrutements et la nécessité d’une vigilance accrue. Alors que les enquêtes avancent, les survivantes transforment leur trauma en combat collectif pour la justice.
Les autorités promettent des mesures, mais les victimes attendent des actes concrets. Cette histoire, sortie de l’ombre après des années, rappelle que le pouvoir, même bureaucratique, peut corrompre en silence.
