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Italie et France jugent « prématuré » de signer l’accord commercial UE-Mercosur

Italy, France say it is 'premature' to sign EU-Mercosur trade deal

Credit: reuters

L’Italie et la France ont qualifié de « prématuré » la signature de l’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur, bloc sud-américain regroupant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Cette position commune, exprimée le 17 décembre 2025, risque de reporter sine die la conclusion d’un dossier négocié pendant 25 ans et finalisé en 2024. Les deux pays exigent des garanties renforcées pour protéger les agriculteurs européens contre les importations massives de produits agricoles sud-américains, au moment où la Commission européenne visait une signature le 20 décembre à Foz do Iguaçu.

Contexte de l’accord UE-Mercosur et enjeux agricoles

L’accord UE-Mercosur vise à libéraliser les échanges commerciaux entre les deux blocs, favorisant les exportations européennes tout en ouvrant les marchés sud-américains aux produits de l’UE. Cependant, il suscite une vive opposition en Europe, particulièrement dans les secteurs agricole et agroalimentaire. Les craintes portent sur une concurrence déloyale due à des normes environnementales, sanitaires et phytosanitaires moins strictes au Mercosur, menaçant des millions d’emplois et la souveraineté alimentaire européenne.

Positions fermes de l’Italie et de la France

La Première ministre italienne Giorgia Meloni a déclaré lors d’un discours parlementaire que signer maintenant serait prématuré, faute de « garanties suffisantes de réciprocité » pour le secteur agricole italien. Elle exprime toutefois une confiance dans une résolution rapide des conditions d’ici début 2026. De son côté, le ministre français Sébastien Lecornu a qualifié le projet actuel d’« inacceptable », appelant à un report du vote pour renforcer les clauses de sauvegarde approuvées par le Parlement européen le 16 décembre 2025.

Le ministre italien de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida, aligne Rome sur Paris, insistant sur des amendements plus robustes. Des sources indiquent que les deux pays sont « alignés » pour exiger un délai sur le vote final, potentiellement formant une minorité de blocage avec la Pologne, la Hongrie et l’Autriche. L’Irlande et les Pays-Bas hésitent encore, tandis que la Belgique prévoit de s’abstenir.

Réactions des partisans et pressions internationales

Malgré ces oppositions, l’Allemagne, l’Espagne et les pays nordiques soutiennent l’accord. Ils arguent qu’il booste les exportations européennes, frappées par les tarifs douaniers américains sous la présidence de Donald Trump, réélu en novembre 2024 et investi en janvier 2025. L’accès aux minerais du Mercosur réduirait aussi la dépendance de l’UE vis-à-vis de la Chine.

Le président de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, tablait sur une signature imminente, mais les événements récents compliquent ses plans. L’eurodéputé Bernd Lange avertit que tout retard pourrait pousser le Mercosur vers d’autres partenaires, tandis que le Brésil lance un ultimatum « maintenant ou jamais ». Des législateurs européens comme Carlo Fidanza critiquent les protections existantes comme « trop lourdes », plaidant pour un monitoring renforcé contre les surges d’importations.

Mobilisations des agriculteurs et syndicats

Les agriculteurs italiens, via le syndicat Coldiretti, prévoient des manifestations à Bruxelles le 18 décembre 2025. Ils exigent des sauvegardes contraignantes sur les normes environnementales, le bien-être animal et les pesticides. En France, les protestations des agriculteurs amplifient les pressions sur le gouvernement, avec des blocages routiers récents contre l’accord.

Le Parlement européen a adopté le 16 décembre des mesures de contrôle plus strictes sur les importations agricoles du Mercosur, mais les opposants les jugent insuffisantes. L’UE court contre la montre pour rallier l’Italie, selon un eurodéputé, dans un contexte où une majorité qualifiée est requise pour l’approbation.

Enjeux géopolitiques et économiques plus larges

Cet accord représente un test de crédibilité pour l’UE, comme l’a averti un responsable européen. Son échec pourrait fragiliser la position de von der Leyen face aux défis commerciaux mondiaux, incluant les tensions avec les États-Unis et la Chine. Économiquement, le Mercosur offre un marché de 260 millions de consommateurs, mais les coûts pour l’agriculture européenne – estimés à des milliards d’euros en pertes potentielles – pèsent lourd.

Perspectives et implications futures

Un report semble inévitable, avec des négociations intenses en cours. Si le Danemark procède à un vote, la France pourrait intensifier son lobbying. L’Italie pourrait conditionner son soutien à des ajustements spécifiques, potentiellement repoussant la signature à 2026.

Cette saga illustre les fractures internes de l’UE sur le libre-échange, entre ouverture économique et protectionnisme sectoriel. Pour les citoyens européens, l’enjeu est clair : préserver des emplois ruraux face à la mondialisation. Les prochains jours, marqués par les protestations et les sommets, seront décisifs pour l’avenir de cet accord UE-Mercosur.

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